Aujourd’hui, la vice présidente de Radio-Canada a annoncé que le contenu de ICI-RDI allait être disponible sur Amazon Prime. Oui, vous avez bien lu: Amazon Prime.
Soyons clair, la culture québécoise souffre. Énormément. Les plateformes numériques telles que Tik Tok, Netflix et Instagram sont devenues des incontournables du XXIe siècle. Dans un âge composé de produits provenant directement de la silicon valley et des algorithmes surpuissants pouvant deviner le type de vidéo cocasse qu’un individu souhaitera visionner à 3h du matin, la « Belle province » en a arraché dans son adaptation, et c’est normal.
Afin de mieux comprendre la situation actuelle, effectuons un tour historique. La culture audiovisuelle québécoise est arrivée en même temps que la télévision, soit dans les années 1950. Elle s’est construite parallèlement à ses voisins de sud, et s’est acquise une identité assez distincte. Que ce soit par les séries des « Filles de Caleb », les comédies humoristiques de « La petite vie », ou encore le hockey du samedi soir, la technologie a continué de s’améliorer et de se peaufiner. Les projets ont pris de l’ampleur, des chaînes comme Radio-Canada et Télé-Québec ont vu le jour. Pour conséquence, des dizaines de milliers de jeunes ont commencé à regarder des émissions aujourd’hui cultes comme Passe-Partout ou Tout le monde en parle. Néanmoins, l’histoire n’a pas été aussi charmante au 21e siècle.
L’ère de l’informatique est arrivée assez abruptement. Contrairement à la télévision, la population et les investisseurs étaient, de manière générale, dubitatifs. Rien ne prévoyait une réussite des produits tels le Iphone ou des services de divertissement comme Netflix et Crave. Parmi plusieurs effets, les médias traditionnels sont probablement ceux qui en ont le plus souffert. Ceux-ci étant confiants sur le futur de leurs entreprises, ont souffert de cette assurance. Aujourd’hui, selon un sondage de l’Académie de la transformation numérique, ce serait 75% des internautes québécois qui auraient un abonnement à au moins une plateforme numérique, avec Netflix qui mène la marche, ayant 52% des internautes. En 6 ans, c’est une augmentation de 18% pour les nouveaux médiums de divertissement. Même si les gouvernements subventionnent les plateformes locales, il est quasiment impossible de contester le phénomène de la perte de terrain des médias traditionnels. Tout ce contexte mène à la décision prise par l’organisation de Radio-Canada.
Dany Meloul, vice-présidente de Radio-Canada, a annoncé que l’intégralité du contenu de ICI-RDI, dès le 5 mars, sera offert sur Prime vidéo Canada. Sur le plan personnel, et en tant que personne proche du milieu culturel qui côtoie chaque jour des personnes fantastiques et passionnées par les arts, le combat que lutte la culture québécoise est au centre de nos priorités. Cette identité que les films, les séries, la musique possèdent, n’est trouvable nulle part ailleurs. Contrairement à la culture québécoise de divertissement, la culture anglo-canadienne partage plusieurs similitudes avec les États-Unis. Il est donc difficile de comprendre une décision qui met du contenu provenant d’une culture « distincte » au sein d’un géant américain de la silicon valley.
Ce discours au sens double de l’un des plus grands producteurs de contenu au Québec porte à confusion. D’une part, il est essentiel de soutenir cette culture afin de s’assurer que les acteurs et les producteurs puissent construire du contenu local, mais il est tout autant important de donner ce contenu à l’empire Amazon afin que l’argent finisse dans les poches du multi-milliardaire Jeffrey Bezos, selon la patronne de Radio-Canada. Il est donc possible de ressentir une déconnexion de la part de la société d’État face aux enjeux entourant le domaine de la culture au sein de la société. Dans ce cas, la compagnie trillionaire gagne au change. De plus, il est important de rappeler que cette même compagnie a coupé plus de 2000 emplois au Québec en janvier 2025. C’est donc suite à cette annonce que la mise en place de cette décision a été effectuée. Radio-Canada s’en va bel et bien dans une aventure vouée aux montagnes russes, qui pourrait frapper un coup dur sur le domaine de la culture au Québec.
À l’aube de l’élection provinciale, le domaine de la culture s’invitera dans les débats, et la question du contenu francophone sera importante à soulever. La culture d’ici est quelque chose qui rejoint beaucoup de personnes. Chaque chanson, chaque pièce de théâtre, chaque série occupe la place d’au moins une personne au Québec. Il faut aussi se rendre à l’évidence que Amazon ne se préoccupe pas de la santé culturelle de la province. Chaque parti politique, en plus d’un plan économique et social, va devoir convaincre les québécois que sa vision culturelle vaut la peine d’être mise en place. Vous aussi, chers lecteurs, allez devoir réfléchir, afin de déterminer si la culture est une priorité pour vous. Une chose est claire et nette, cependant: il est toujours mieux de garder l’argent avec des gens qui ont à cœur la réussite du milieu. Pensez-vous que ce sont les investisseurs qui ont cet état d’esprit?
Si la collaboration prend son envol, la société d’État canadienne dont l’objectif principal est de divertir et d’acheminer l’information aux francophones du Canada, sera diffusée sur une plateforme américaine. Radio-Canada a peut-être effectué un choix, mais sera-t-elle capable de convaincre la population québécoise que la diffusion canadienne puisse passer par une plateforme américaine?


